Retour

L'Ange au Cadran

  

Cathédrale - Ange au cadran (original)

L'ange au cadran que vous voyez actuellement à l'angle sud ouest de la cathédrale est une copie

l'original se trouve dans la crypte de la cathédrale (voir photo 1)

Cet ange au cadran serait sans doute une statue qui se trouvait au trumeau (aujourd'hui disparu) du porche central du portail royal et représenterait Saint Jean.le Baptiste.

Jean VILLETTE le note dans son Guide de Chartres (Editions la Manufacture 1988)

Le trumeau disparu

On attend évidemment, dans cette scène de l'Apocalypse, l'Agneau qui trône avec l'Eternel, comme c'est le cas dans plusieurs portails de la même époque, où il occupe souvent le centre d'une des voussures. Selon toute vraisemblance, il devait être tenu par saint Jean-Baptiste, adossé au trumeau, ainsi qu'on l'avait fait, quelques années aupa­ravant, au trumeau de Vézelay. Or Jean-Baptiste est le saint patron secondaire de la cathédrale, après sainte Marie, et cela antérieurement à l'édifice actuel.

Le chapiteau du trumeau devait montrer des épisodes de l'enfance de saint Jean-Baptiste, d'après un récit oriental, en particulier com­ment, réfugié dans une caverne avec Elisabeth, sa mère, il avait échappé au massacre des Inno­cents. Ainsi s'expliquerait l'ordre suivi dans la frise des chapiteaux, qui a toujours été jugé déconcertant puisqu'il va de la porte centrale vers la gauche jusqu'au clocher nord, pour reprendre à droite de la porte centrale et se terminer près du clo­cher Vieux. L'histoire de Jean­Baptiste prenait en fait sa place nor­male entre le massacre des Inno­cents, à l'ébrasement d'extrême gauche, et la présentation de Jésus au Temple à laquelle il assiste, sculptée dans le chapiteau qui est juste à droite de la porte centrale. Cette place particulière était aussi un moyen de montrer que le Précur­seur se situe à la jonction de deux époques: la fin de l'Ancien Testa­ment et le commencement de la pré­dication du Christ.

De façon plus exhaustive, Jean VILLETTE nous parle de l'Ange au Cadran dans son livre sur les Portails de la Cathédrale (1)

L'Ange au cadran, placé à l'angle du clocher, est une copie qui date de 1974. Il occupe cet emplacement de façon à présenter son cadran en direction du sud. La statue originale fut déposée en 1968 par souci d'assurer sa survie. Elle est visible désormais dans la crypte. On s'aperçut lors de la dépose qu'un crampon de fer, sectionné, avait primitivement maintenu à l'angle du clocher une statue un peu moins grande puisque son centre de gravité, déterminé par le crampon, se situait

plus bas. Elle présentait probablement déjà un cadran solaire, comparable peut- . être à celui de la cathédrale de Gênes, qui est assez petit et de forme circLJlaire, ressemblant ainsi à une meule, ce qui lui vaut d'être appelé familièrement par les Génois: le rémouleur.

Le cadran de l'ange est aussi une copie, l'original - du XVIe siècle - étant conservé lui aussi dans la crypte. On lit sur ce cadran ancien la date de 1578, sculptée en relief, mais le 7 est une grossière réparation effectuée entre 1907 et 1911, si l'on se réfère à des photographies datables. Une lithophotocopie anté­rieure à janvier 1854 montre que la tige de fer du cadran, scellée sous le troisième chiffre, avait fait éclater la pierre à cet endroit21. Sans doute a-t-on mal interprété le haut de ce troisième chiffre, brisé, et l'on a cru qu'il s'agissait d'un 7, alors qu'il fal­lait lire un 2, le 2 au XVIe siècle ayant la forme d'un Z. Dans l'histoire de la cathé­drale, la date de 1578 ne correspond à rien alors qu'en 1528 fut mise en place l'horloge astronomique de la clôture du choeur. Or, on avait coutume de vérifier le fonctionnement d'une nouvelle horloge, quand elle était compliquée, grâce à un cadran solaire aussi grand et donc aussi précis que possible.

Sur le nouveau cadran, copié sur l'ancien en 1974, le chiffre 7 a été reproduit, puis partiellement bûché pour rappeler ses vicissitudes.

Les archéologues avaient remarqué que l'ange était une statue du même style et de la même taille que les plus belles du Portail Royal. Mais ses ailes étaient visiblement une adjonction du XVIe siècle; de même le nimbe qu'on avait après coup scellé sur sa tête. Les ailes que l'on voit aujourd'hui sont une restauration très libre de 1974. Il semble, d'après les vestiges qui en ont subsisté, que les ailes du XVIe siècle aient été moins grandes.

Quand on découvrit qu'il avait existé une autre statue avant 1528 à l'angle du clocher, il devint évident que la statue dite "l'Ange au cadran" avait été ôtée du Portail Royal et qu'à l'origine elle ne représentait pas un ange. Son visage juvénile fait songer à saint Jean l'Evangéliste. Ses pieds nus, en tout cas, incitent à le ran­ger parmi les apôtres. Or, à gauche de la porte de droite, il manque une statue. Elle faisait face à un personnage qui très vraisemblablement est saint Matthieu, l'autre apôtre évangéliste. Du reste, il tient un livre. Malheureusement, on ignore ce que tenait celui que l'on suppose être saint Jean: ses mains ont été sauvage­ment amputées, sans doute en 1528 lorsque le cadran fut placé sur des consoles di3 fer. La statue du XIIe siècle devenue ange désormais était un enchantement pour le sculpteur Auguste Rodin qui a écrit à son sujet des lignes enthousiastes.

On notera la qualité du dais d'origine qui surmonte cet ange et celle de son support: l'un et l'autre sont encastrés dans le contrefort du clocher. Les dais du portail sud de Notre-Dame-du-Fort, à Etampes, sont exactement les mêmes. On peut tenir pour certain que ce personnage, mis bien en évidence avec son cadran, incite le passant à réfléchir sur la fuite du temps. De même que les personnages voisins sont porteurs de message

A remarquer qu'il est "pieds nus" et que c'est ainsi que les apôtres sont représentés dans l'imagerie des églises et cathédrales.(note de BG)

(1) Jean VILLETTE Les Portails de la Cathédrale de Chartres,Editions Jean-Michel GARNIER 1944

Bernard Gasté avril 2006

Dernière mise à jour :